La voiture électrique russe existe sur le papier — Atom, Lada e-Largus, Moskvich 3e — mais pas dans la rue : 12 500 voitures électriques neuves seulement ont été vendues en Russie en 2025 (0,9 % du marché), et l’Atom, le grand projet national, n’aurait été livré qu’à un seul client particulier au deuxième trimestre 2026 selon la presse automobile russe. Derrière les annonces, la filière repose presque entièrement sur des composants et des modèles chinois. État des lieux, constructeur par constructeur.
En bref #
- Un marché minuscule : 12 500 voitures électriques neuves en 2025 (−30 % sur un an), sur environ 1,49 million de voitures vendues.
- Le leader n’est pas russe : c’est Zeekr, marque chinoise sans réseau officiel, importée en parallèle (3 005 unités en 2025).
- L’Atom, vitrine du « VE national », a ouvert ses ventes le 17 juillet 2026 — dans l’ancienne usine Renault de Moscou, cédée pour 1 rouble symbolique en 2022.
- Paradoxe 2026 : les ventes de véhicules électrifiés bondissent (+90,7 % au 1er semestre, hybrides compris)… à cause des pénuries d’essence provoquées par les frappes sur les raffineries.
Les 4 chiffres clés de la voiture électrique en Russie #
- 12 500 voitures électriques neuves vendues en 2025, soit 0,9 % du marché russe.
- 1 rouble : le prix symbolique auquel Renault a cédé ses actifs russes en mai 2022 — le ticket de retour est aujourd’hui chiffré à 1,3 milliard de dollars par AvtoVAZ.
- ~6 500 bornes de recharge publiques recensées fin 2025, pour le plus grand pays du monde.
- 3,9 à 4 millions de roubles (environ 35 000 à 40 000 €) : le prix de l’Atom, la première électrique « conçue en Russie ».
Atom : le pari national, un client livré #
Développé par la startup Kama, soutenue par le camionneur Kamaz et des structures liées à Rosatom pour les batteries, l’Atom est une compacte d’environ 4 mètres annonçant 204 ch, une batterie de 77 kWh et près de 500 km d’autonomie, reconnaissable à ses portes antagonistes sans pilier central. Promis pour 2025, décalé à 2026, il a ouvert ses pré-ventes en avril 2026 (réservation à 150 000 roubles) puis ses ventes le 17 juillet 2026 — sans réseau de concessionnaires, via des stations de service agréées dans une poignée de grandes villes.
La réalité des débuts est plus modeste que les « plus de 105 000 demandes préliminaires » revendiquées par le constructeur (des manifestations d’intérêt gratuites, pas des commandes fermes) : selon la presse automobile russe, un seul Atom aurait été immatriculé par un client particulier au deuxième trimestre 2026, seize autres l’ayant été… par Kama elle-même, officiellement pour du déverminage technique. Symbole assumé : l’Atom est assemblé sur le site de l’usine Moskvich — l’ancienne usine Renault de Moscou.
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Lada e-Largus : l’électrique la plus russe, écoulée par l’État #
AvtoVAZ a lancé en septembre 2024 à Ijevsk la production du e-Largus, présenté comme « l’électrique la plus localisée de Russie » (plus de 50 % revendiqués). Le problème est son prix : environ 4 millions de roubles hors subvention — pour un break dérivé d’une base Dacia Logan des années 2000. Résultat : pas une seule immatriculation fin 2024, un premier exemplaire début 2025, et un débouché trouvé principalement dans la commande publique, comme les 33 fourgons livrés à la régie des transports de Moscou en janvier 2026. Pendant ce temps, le Largus thermique s’est vendu à 35 925 exemplaires en 2025.
Moskvich, Evolute, Amber : des chinoises rebadgées #
La marque soviétique Moskvich, relancée fin 2022 dans l’ex-usine Renault, vend le Moskvich 3e : un SUV électrique chinois JAC rebadgé, assemblé en kits — en mode SKD, 5 à 10 % seulement de la valeur du véhicule reste en Russie. Ses ventes plafonnent (environ 1 300 unités électriques en 2024), au point que l’usine a reconnu fin 2024 « mettre en conservation » des voitures invendues. Evolute, à Lipetsk, assemble des Dongfeng rebadgés avec des volumes très inférieurs aux plans (2 020 ventes en 2023 pour 12 000 visées l’année suivante), et a arrêté sa berline i-Pro en octobre 2025.
Cas à part : Avtotor, à Kaliningrad. Son prototype « Amber » de 2023, moqué dans le monde entier pour son design (les comparaisons allaient de la machine à laver à la Fiat Multipla), n’a jamais été produit. Mais sa berline AmberAuto A5 — dérivée d’une base chinoise — se vend réellement : 1 126 exemplaires en 2025, avec un record à 404 unités sur le seul mois de novembre, ce qui en fait la première « russe » du classement… loin derrière les importations chinoises. Quant à Zetta, la micro-électrique de Togliatti annoncée dès 2018, le projet est mort : environ 5 prototypes assemblés, un financement refusé et une procédure pénale pour fraude aux subventions ouverte en 2024.
« Vous voulez revenir en Russie ? Payez 1,3 milliard de dollars » : c’est en substance le message adressé en février 2025 par le patron d’AvtoVAZ à Renault, rapporté par The Moscow Times — le montant des investissements à rembourser pour racheter la participation cédée en 2022.
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Un marché sous perfusion chinoise — et dopé par la guerre #
Le classement 2025 des ventes électriques en Russie dit tout : le leader est Zeekr (3 005 unités), marque chinoise premium sans présence officielle, importée par des circuits parallèles, devant BYD et Xiaomi. Les marques chinoises représentent au total environ 57 % du marché automobile russe. Pour protéger sa filière, Moscou a fait exploser la « taxe de recyclage » sur les électriques importées (de 32 600 à 667 400 roubles au 1er janvier 2025), provoquant des files de milliers de camions porte-voitures aux frontières kazakhe et chinoise avant chaque hausse.
Le premier semestre 2026 a pourtant vu les ventes de véhicules électrifiés bondir de 90,7 % (54 300 unités, hybrides rechargeables compris — les électriques pures ne progressent que d’environ 25 %). La cause n’a rien d’une politique verte : les pénuries de carburant provoquées par les frappes de drones ukrainiens sur les raffineries poussent les automobilistes russes vers la prise. Autre levier d’État : depuis mars 2026, les taxis doivent être choisis sur une liste de modèles « localisés » — l’Atom y a été inscrit en juillet 2026, avant même d’être réellement disponible.
Le contraste avec le reste du monde est brutal. Pendant que la Russie écoule 12 500 électriques par an, la France en a immatriculé plus de 240 000 sur le seul premier semestre 2026 — dont la Renault 5 électrique, produite dans le nord de la France par le constructeur qui a précisément quitté Moscou en 2022. Et ce sont les mêmes constructeurs chinois qui dominent Moscou et progressent en Europe : notre dossier sur la voiture électrique chinoise fait le point sur leurs positions en France.
FAQ — voiture électrique russe #
Existe-t-il une voiture électrique 100 % russe ?
Pas vraiment. L’Atom est conçu en Russie mais assume une forte contribution technique chinoise ; le Moskvich 3e et les Evolute sont des modèles chinois rebadgés ; seul le Lada e-Largus revendique plus de 50 % de composants locaux — et il ne trouve preneur que via la commande publique.
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Combien de voitures électriques se vendent en Russie ?
12 500 voitures électriques neuves en 2025, soit 0,9 % du marché — en baisse de 30 % sur un an. Le premier semestre 2026 marque un rebond des véhicules électrifiés (+90,7 %, hybrides compris), largement attribué aux pénuries de carburant.
Pourquoi Renault a-t-il quitté la Russie ?
Après l’invasion de l’Ukraine, Renault a cédé en mai 2022 ses actifs russes pour 1 rouble symbolique : son usine de Moscou (devenue le site Moskvich, où l’Atom est aujourd’hui assemblé) et ses 68 % d’AvtoVAZ, avec une option de rachat de six ans. En 2025, AvtoVAZ a chiffré un éventuel retour à 1,3 milliard de dollars d’investissements à rembourser.
À retenir #
- Le marché russe de l’électrique est marginal : 12 500 ventes en 2025, 0,9 % du marché, environ 6 500 bornes publiques.
- Les « voitures électriques russes » sont pour l’essentiel des modèles chinois rebadgés ; l’Atom, seul projet national ambitieux, démarre à peine.
- L’État soutient la filière à coups de commande publique, de taxes à l’importation et de quotas taxis « localisés ».
- Le rebond de 2026 (+90,7 % d’électrifiés au 1er semestre) tient surtout aux pénuries d’essence liées à la guerre, pas à une conversion écologique.
Plan de l'article
- En bref
- Les 4 chiffres clés de la voiture électrique en Russie
- Atom : le pari national, un client livré
- Lada e-Largus : l’électrique la plus russe, écoulée par l’État
- Moskvich, Evolute, Amber : des chinoises rebadgées
- Un marché sous perfusion chinoise — et dopé par la guerre
- FAQ — voiture électrique russe
- À retenir