Taxe européenne sur les carburants : ce qui a vraiment été voté le 15 septembre, et ce qui vous attend à la pompe en 2028

Non, les eurodéputés n’ont pas voté une hausse de 15 centimes du carburant le 15 septembre : la taxe carbone européenne ETS2, créée par une directive de 2023, doit renchérir l’essence et le gazole d’environ 10 à 12 centimes par litre à partir de 2028 — et le vote de Strasbourg visait précisément à encadrer cette hausse, pas à la créer. Entre la polémique politique, le report d’un an déjà acté et les garde-fous prévus, voici ce qui attend réellement les automobilistes français.

En bref

  • Ce qui arrive : l’ETS2, deuxième marché carbone européen, fera payer un prix du CO2 sur les carburants routiers et le chauffage à partir de 2028 (au lieu de 2027 initialement).
  • Combien : environ 10 centimes par litre d’essence et 12 centimes pour le gazole selon les estimations — soit 5 à 6 € de plus par plein de 50 litres.
  • Le vote du 15 septembre : le Parlement européen a activé un mécanisme d’atténuation des prix, pour limiter la facture, pas pour l’alourdir.
  • L’incertitude : la France n’a pas encore transposé le dispositif — son application exacte en 2028 reste à confirmer.

Ce qui a vraiment été voté le 15 septembre à Strasbourg #

Le 15 septembre 2026, le Parlement européen réuni à Strasbourg a voté l’activation d’un mécanisme d’atténuation tarifaire destiné à préparer l’arrivée du second système d’échange de quotas d’émissions, dit ETS2 (ou SEQE-2 en français). Le soir même, Jordan Bardella dénonçait sur X : « Ce qui s’est joué au Parlement européen aujourd’hui est inacceptable », en évoquant une hausse « de 15 centimes par litre dès 2028 » votée selon lui par les eurodéputés macronistes et de gauche.

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Les vérifications publiées dans la foulée par le HuffPost, TF1 Info et franceinfo convergent : la taxe elle-même a été créée par une directive adoptée en 2023, et le texte voté le 15 septembre visait au contraire à limiter la hausse des prix. Le chiffre de 15 centimes est par ailleurs jugé « très hasardeux », car il dépend d’un prix de la tonne de CO2 impossible à prévoir avec certitude.

Autrement dit : la polémique porte sur un vote de 2023, et le vote de 2026 est celui des garde-fous. Cette nuance n’enlève rien au fond du sujet — une hausse du carburant liée au carbone arrive bel et bien.

L’ETS2, concrètement, pour l’automobiliste #

Le premier marché carbone européen (ETS1) fait payer depuis 2005 les industriels et les producteurs d’électricité. L’ETS2 étend la logique aux carburants routiers, au chauffage des bâtiments et à la petite industrie : les fournisseurs d’énergie devront acheter des quotas couvrant les émissions de CO2 des produits qu’ils vendent, et répercuteront ce coût à la pompe.

Les estimations convergent vers un surcoût d’environ 10 centimes par litre d’essence et 12 centimes par litre de gazole. Pour rendre cela concret : un plein de 50 litres coûterait 5 à 6 € de plus, et un conducteur parcourant 15 000 km par an avec une consommation de 6 L/100 km (soit 900 litres) paierait environ 108 € de plus par an en gazole.

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Le contexte rend le sujet d’autant plus sensible que les prix actuels sont déjà au plus haut : le gazole a battu son record historique cette semaine, et selon notre relevé de ce samedi matin sur le flux officiel data.economie.gouv.fr, il s’affiche en moyenne à 2,40 €/L dans les 4 753 stations ayant actualisé leurs prix depuis jeudi. Nous avions détaillé cette flambée dans notre suivi des prix à la pompe et lors de la ruée sur les stations à prix coûtant de la rentrée.

Le calendrier exact : pourquoi 2028 et pas 2027 #

Le lancement était initialement prévu pour 2027. Face à la flambée des prix de l’énergie, le Conseil de l’UE a confirmé les 4-5 novembre 2025 un report d’un an des obligations, entériné par le vote du Parlement européen du 10 février 2026 (détail du calendrier chez Réglementation Environnement) :

Échéance Ce qui se passe
Depuis le 1er janvier 2025 Les fournisseurs d’énergie surveillent et comptabilisent leurs émissions
31 mars 2027 Date limite de déclaration des émissions de l’année 2026
2027 Démarrage des enchères de quotas
2028 Première année d’émissions couvertes par l’obligation de restitution — l’impact à la pompe attendu
31 mai 2029 Première restitution de quotas (au titre des émissions 2028)

Les garde-fous : plafond de prix et Fonds social #

Deux mécanismes doivent amortir le choc. D’abord un garde-fou sur le prix du carbone : la Commission s’engage à intervenir sur le marché si la tonne de CO2 dépasse 45 € (en euros constants de 2020, soit environ 55 € courants), un plafonnement prévu au moins jusqu’en 2030. C’est ce dispositif d’atténuation que le vote du 15 septembre est venu activer.

Ensuite, un Fonds social pour le climat doté de 86,7 milliards d’euros, alimenté par les recettes du marché carbone lui-même, doit être redistribué par les États membres aux ménages modestes et aux microentreprises les plus exposés à la hausse des factures de carburant et de chauffage.

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Ce qui peut encore changer d’ici 2028 #

Le dossier n’est pas figé. La France n’a pas encore transposé le dispositif dans son droit national, et son application exacte en 2028 sur le territoire reste à confirmer — d’autant que le premier trimestre 2027 sera dominé par l’élection présidentielle, un contexte politique où toute hausse du carburant pèse lourd. Le montant réel du surcoût dépendra, lui, du prix effectif de la tonne de CO2 lors des premières enchères : les 10 à 12 centimes avancés sont des estimations, les 15 centimes un plafond contesté, et le mécanisme d’atténuation pourrait réduire la note si les prix de l’énergie restent élevés.

Mini-FAQ : les questions que vous vous posez #

Le carburant va-t-il augmenter de 15 centimes en 2028 ?

Rien n’est acté à ce niveau. Les estimations évoquent plutôt 10 centimes par litre d’essence et 12 centimes pour le gazole, et le chiffre final dépendra du prix de la tonne de CO2. Un mécanisme de plafonnement doit s’activer si elle dépasse 45 € (euros 2020).

Qu’est-ce que l’ETS2 exactement ?

C’est le deuxième marché carbone européen, créé par une directive de 2023. Il fait payer aux fournisseurs d’énergie un prix du CO2 sur les carburants routiers, le chauffage des bâtiments et la petite industrie — un coût qui sera répercuté sur les prix à la pompe à partir de 2028.

Y aura-t-il des aides pour les ménages ?

Oui, un Fonds social pour le climat de 86,7 milliards d’euros, financé par les recettes du marché carbone, doit être redistribué par les États aux ménages modestes et aux microentreprises les plus touchés.

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À retenir

  • La taxe carbone ETS2 s’appliquera aux carburants à partir de 2028, pas 2027 — le report est acté depuis fin 2025.
  • Hausse estimée : 10 à 12 centimes par litre, soit environ 108 € par an pour un gros rouleur au gazole.
  • Le vote du 15 septembre 2026 a activé le plafonnement des prix, il n’a pas créé la taxe.
  • La transposition française n’est pas faite : le calendrier exact pour la France reste à confirmer.

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